FESTIVAL DE LABEAUME


Par une tiède soirée du mois d'août de l'année 2001, j'avais reçu une sympathique invitation à la découverte d'un site exceptionnel. Les propos des personnes averties qui m'avait adressé ce faire-part tournaient principalement autour du fait que le festival avait notamment élu domicile dans un théâtre naturel, dans le lit d'une rivière, sur une scène purement et simplement flottante !

C'est en effet en contrebas du village, installée au lieu-dit La Turlure sur la commune Basse-Ardéchoise de Labeaume qui comptabilise officiellement cinq cents habitants, que la scène avait été installée pour un concert voix et guitare à l'attention du compositeur et interprète qu'est Marianne James.

A mon avis il ne faut pas arriver sur les lieux à la nuit tombée. il vaut mieux venir découvrir l'envergure du site et juger à juste mesure des installations, certes rudimentaires, mais efficaces disposées le long du lit de la rivière Beaume. Affluent de l'Ardèche ce petit cours d'eau irrigue notamment le village de Labeaume situé entre le Massif du Tanargue et Ruoms, à quelques encablures de l'entrée des splendides Gorges de l'Ardèche.

Ce festival est composé d'un ensemble de onze soirées musicales organisées sur le territoire de la commune entre la scène flottante de La Turlure, l'église, le théâtre de verdure et la place du Sablas.


Les festivités se déroulent sur deux mois, autour de rendez-vous hebdomadaires (les jeudis et vendredis de juillet / août). C'est une manifestation en accord total avec la spécificité des lieux, soucieuse d'en préserver le caractère unique, associant espaces naturels et programmation musicale, artistes et résidants, mélomanes et néophytes...

La rivière, la place du village ou quelque clairière comme scènes, la falaise en murs naturels d'un improbable théâtre, les galets comme autant de sièges encore tièdes des éclats du soleil, les cigales en lever de rideau, la nature s'offre ici à la musique.

Ce festival tout simple est très attachant. Il donne envie de revenir goûter aux plaisirs subtils de la musique avec ce je ne sais quoi de pittoresque et de convivialité. Avec des entrées à tous petits prix il s'est glissé dans le paysage musical et touristique et contribue principalement à la dynamique et au développement de son territoire estival mais aussi tout au long de l'année.
Le parcours de Marianne James commence par des cours de guitare jazz avec Tony Petrucciani et de nombreuses séances en trio avec son fils Michel. Un apprentissage qui se poursuivra par des cours de chant avec Lorraine Nubar de la Julliard'School à l'Abbaye de Royaumont. Ajoutons à cela une licence en musicologie à la Sorbonne et un certificat de psychopédagogie... Voilà en quelques mots le parcours de Marianne avant son arrivée sur les scènes.

Aujourd'hui, et depuis 1991, elle est l'élève d'Elisabeth Sandri avec laquelle elle poursuit son travail sur la voix. Connue pour le personnage de Maria Ulrika Von Glotte, l'exubérante cantatrice de I'UItima Recital, spectacle dont elle est coauteur, compositeur et interprète, Marianne James a été aussi membre de la compagnie drômoise "Délice Dada" ou elle fut comédienne-cantatrice (1988/1993). On l'a vu aussi en première partie de William Sheller à l'Olympia, aux côtés de la soprano Nathalie Boissy dans un programme classique (De Pergolèse à Gluck), et associée au groupe anglais The Stranglers pour l'enregistrement de musiques de films.
Personnage inattendu, Marianne James est une artiste qui refuse les étiquettes. Avec le même appétit elle incarne tour à tour la Diva de 'Ultima Récital, une sirène cantatrice pour Arte, participe à des émissions humoristiques ou chante le remix dance d'un tube des années 30...

Aujourd'hui, Marianne lève le voile sur une nouvelle facette de sa personnalité, la plus intime sans doute : celle de la femme, naturelle, s'avançant sans fard ni masque, avec ses chansons qui parlent d'aimer...
« J'ai vraiment de bonnes raisons de venir chanter au Festival
de Labeaume ! Oserais-je dire que c'est pour moi revenir aux
sources de I'Ardèche, de la Beaume e
n particulier.
Et oui... Petite fille, je venais m'y baigner avec mes chers
grands-parents ! »

En découvrant la fraîcheur de l'eau au coeur du mois d'août, je lançais des cris, des rires en cascade. Ma grand-mère me chantait Jean Ferrat et "le temps des cerises", je répétais les "chorégraphies de Cloclo" avec conviction dans mes "méduses en plastique". Alors chanter ici, sur cette scène magique couvée par la falaise !

Sentir l'eau, la pierre... Le public, les étoiles et de ma voix, bercer (ou déranger) les buses ardéchoises qui nichent dans la falaise !
Labeaume est la dernière étape pour moi avant la "Kolossale" rentrée parisienne de cette chère Diva teutonne Maria Ulrika von Glotte. Ce 11 août 2001 je chanterais seule avec ma guitare, sans accent allemand, sans faux-cils, sans maquillage de travesti... Sans costumes de 20 kilos. Juste moi... Et c'est déjà pas mal. Labeaume ma dernière étape de fraîcheur, de musique... mon étape de Cigale ! Je languis d'y être.

Courrier de Marianne James adressé à Philippe Piroud
Directeur du Festival Labeaume en musiques
Dans la jungle des festivals de musiques (plus de 200 en France cet été), émergent parfois quelques rendez-vous qui ne ressemblent en rien aux autres. Les lieux de concerts, l'accueil, l'esprit, les sourires. tout y est différent, et la musique souvent aussi bonne que chez la concurrence.
Labeaume en musiques n'en est qu'à sa quatrième édition, mais est déjà sorti de l'anonymat. On y retrouve la cohérence et la douceur festivalière des grands festivals d'antan. Les lieux de concerts du festival méritent à eux seuls le détour.

C'est à une heure et demie de Lyon, c'est en Ardèche, c'est déjà un peu la Provence. Un festival à savourer, où il ne s'agit pas de débarquer quinze minutes avant le début du concert en nouant sa cravate pendant qu'on est en train de rater son créneau.

On n'y pratique pas non plus le culte du décontracté chic en espadrilles Hermès et chemise provençale. Rien de tout ça, simplement le bon vivre et un peu de musique, dans une sereine simplicité.

Article de Stéphane Lebard - Lyon Capitale - Juillet 2000