LA COLERE DU RHONE


On n'avait pas vu ce désastreux spectacle sur les rives Ardéchoises et Drômoises du plus long fleuve de France depuis l'année 1993. Le Rhône fougueux et imprévisible "à de nouveau fait des siennes" en cette fin mars de l'an 2001. Grossit dans sa partie haute par ses principaux affluents que sont l'Ain, la Saône et l'Isère, le Rhône habituellement régulier, nonchalant et docile s'est momentanément transformé en un gigantesque torrent boueux et rapide.

La Compagnie Nationale du Rhône à été contrainte d'adopter les grands moyens pour maîtriser et dompter les flots qui auraient pu menacer les zones largement urbanisées. Cette société publique assure constamment la régulation du débit du fleuve, permettant ainsi la navigation des bateaux et la production d'électricité dans les nombreuses usines hydro-électriques. En tout dernier recours, elle a été dans l'obligation de procéder à l'opération la plus redoutée par les riverains, le délestage dans les plaines environnantes.

Voici une image insolite mais toutefois impressionnante lorsque l'on connaît l'envergure habituelle du Rhône au niveau du pont suspendu de La Voulte.

Les quais et la déviation du centre ville avait donc disparu sous les eaux boueuses du fleuve. Au plus fort de l'inondation les flots atteignirent pratiquement le haut du panneau de signalisation de la sortie de l'agglomération Voultaine. A savoir que ce dernier est pourtant placé en net surplomb de la Route Nationale 86 !

Les sirènes avaient retenti à la mi-journée du jeudi 22 mars, annonçant l'envahissement imminent de la plaine par les eaux. L'opération déclenchée et gérée par les services de la Compagnie Nationale du Rhône est peu courante. Mais lorsque que la côte d'alerte est atteinte en aval de ce secteur, le délestage sur les terres agricoles devient obligatoire. L'inondation est artificiel et donc contrôlée.

Cette action permet de diminuer considérablement le risque de rupture des digues et des diverses installations hydrauliques disposées sur le lit du Rhône. L'opération assure également la sauvegarde des zones largement urbanisées en aval des départements de l'Ardèche et de la Drôme, notamment dans le Gard, le Vaucluse et les Bouches du Rhône. Des villes comme Avignon, Beaucaire, Tarascon et même Arles qui pourraient se retrouver rapidement sous les eaux.

Le Quartier des Iles, entre La Voulte et Les Petits Robins, portait malheureusement bien son nom. Les vergers ont été rapidement submergés par 1 mètre 50 et même 2 mètres d'eau. Les Iles de Tintebé et de Printegarde, comprenant la réserve de faune et de flore située au Sud de la commune de La Voulte, étaient elles aussi perdues sous l'inondation pendant près d'une semaine entière.

Signe incontestable de forte crue, la Route Départementale 86F
menant de La Voulte sur Rhône à Livron sur Drôme, coupée et noyée au niveau de la bifurcation des Petits Robins. C'est le point bas de cette liaison routière situé à proximité immédiate du pont métallique suspendu franchissant le Petit Rhône. Ce cours d'eau non-navigable est ainsi nommé car c'est lui qui recueille en priorité l'excédent des eaux du Grand Rhône navigable. Il sillonne la plaine Livronnaise à quelques encablures de son grand frère drainant une multitude de petits contre-canaux.

Cette axe routier fut submergé à cet endroit par soixante dix centimètres d'eau, et resta interdit à la circulation du public pendant quarante-huit heures, représentant ainsi les temps les plus forts de la crue du Rhône.

Le siphon de crue installé à proximité du Lac des Petits Robins à donc fonctionné à plein régime pendant plusieurs jours. La ligne de crête de cette partie de digue devient submersible lorsque la côte d'alerte est dépassée. Cela symbolise le niveau maximal des eaux pouvant être contenu par les nombreux aménagements fluviaux du couloir Rhodanien.

Cette image du déversement du fleuve sur les terrains agricoles est bien entendu fatale et verra malheureusement l'anéantissement d'une grande partie de la faune et de la flore printanière. Quelques espèces auront pu trouver refuge sur les points surélevés du secteur. Comme ces quelques couleuvres et vipères regroupées et aperçues sur l'enrochement du renfort de la digue des Petits Robins. Ou ces ragondins du Petit Rhône perchés sur les grosses branches des arbres résistants au puissant déversement du fleuve sur les terres agricoles.

Le Petit Rhône qui délimite habituellement les départements de l'Ardèche et de la Drôme n'était plus perceptible. Il fut envahi de manière démesurée par les flots grisâtres et déborda dans toutes les plantations environnantes. Quelques maisons d'habitations situés au milieu de cette plaine arboricole en ont fait les frais. Ces demeures généralement érigées sur deux niveaux ne contiennent à l'étage inférieur que du matériel agricole. L'appareillage et le périssable ont été rapidement évacués à l'appel des sirènes et entreposés momentanément le temps de la crue en bordure des routes situées en hauteur et sur les parties endiguées dites insubmersibles.

Il faut dire que l
es propriétaires de ces lieux connaissent très bien le phénomène des crues. Ils savent aussi que leurs bâtisses sont situées sur des terrains inondables destinés en priorité à l'agriculture. Ils doivent être constamment attentifs aux appels par sirènes télécommandées par le service des crues de la C. N. R. .

Le barrage de retenu de Charmes sur Rhône qui laisse habituellement échapper un mince filet d'eau à son aval, aura cette fois-ci libéré la surpuissance des flots au travers de toutes ses portes métalliques et mécanisées.

Les crues étaient dans le passée beaucoup plus rebelles et pas du tout canalisées. Cela avant que les aménagements de la C. N. R. ne viennent amadouer le caractère tumultueux du Rhône.

Ces travaux titanesques datent des années 1960 avec les constructions successives des barrages de retenus et des écluses permettant la navigation sur une longue partie du fleuve. Le niveau des eaux étant constamment régulé dans la Vallée du Rhône entre Lyon et Port Saint Louis du Rhône.

Le fleuve ainsi domestiqué depuis pratiquement quarante ans voit ses crues annoncées et limitées. De nombreuses surfaces sont désormais hors de portée des eaux, permettant ainsi la construction d'une multitude de bâtiments et de routes en bordure du fleuve.

Les systèmes automatiques de prises de niveaux des
eaux placés à des points stratégiques de la plaine
enregistrent régulièrement les évolutions de la crue.
Les quelques habitations ont donc eu les pied dans l'eau
durant quelques jours. Le ravitaillement et la surveillance
des lieux est du ressort des Sapeurs-pompiers.

Le niveau du canal a été abaissé par l'ouverture importante
des barrages de retenus. Il était devenu impraticable par
les embarcations et a laissé apparaître bien des trésors
habituellement sous les flots. Beauté du monde sous-marin...
Seule la digue insubmersible permettait encore la
circulation piétonnière le long du fleuve. Bien évidemment
elle est sévèrement réglementée et surveillée durant
toute la durée de la crue. Prudence oblige...